Survol de la grammaire du lojban

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Cette page donne un aperçu de la grammaire du lojban.
Elle correspond à peu près à la traduction du chapitre 2 du CLL
(http://www.lojban.org/publications/reference_grammar/chapter2.html).

Plan :

Le concept de bridi ^

Ce document est un chapitre d'introduction à la grammaire du lojban. Il décrit la structure des phrases lojban basiques puis certaines variations sur les composantes de ces phrases.
Il s'agit vraiment d'un survol : beaucoup de possibilités ne sont pas couvertes ici.
Seront également introduits les termes utilisés pour décrire la grammaire du lojban.

Considérons trois énoncés concernant Arnaud et Clément :
  1. Clément est le frère d'Arnaud.
  2. Clément regarde Arnaud.
  3. Clément est plus petit qu'Arnaud.
Ces exemples décrivent chacun une relation entre Clément et Arnaud. Cependant, en français, nous utilisons le nom «frère» pour la relation statique n°1, le verbe «regarder» pour la relation active n°2, et l'adjectif «petit» pour la relation d'attribut n°3. Plus exactement, les relations sont :
  1. être le frère de
  2. regarder
  3. être plus petit que
De fait, exprimées en lojban, les trois phrases auront la même structure grammaticale : il n'y a pas en lojban de distinction grammaticale entre un nom, un verbe, un adjectif, un adverbe... La structure qui représente la relation (que l'on appelle «prédicat» en logique) s'appelle «bridi» en lojban. La partie centrale s'appelle «selbri» et les arguments (les éléments du discours qui sont reliés par le selbri dans le bridi) s'appellent «sumti» (prononcer «soumti»).

Uploaded Image: bridi.jpg

Dans une relation, il y a un nombre défini d'éléments liés. En français, par exemple, le verbe «donner» a trois places : le donneur, le récepteur et le don. On dit « donner quelque chose à quelqu'un » : le donneur est le sujet de cette phrase («celui qui donne»), le récepteur est le complément d'objet indirect introduit par «à» («quelqu'un») et le don est le complément d'object direct («quelque chose»).
et
signifient deux choses différentes, parce qu'on a échangé les places de «Clément» et «Arnaud».
a encore une autre signification (assez étrange, mais la syntaxe est correcte).
sont bizarres du point de vue de la syntaxe (ce sont des exercices de prose à la Monsieur Jourdain), bien que compréhensibles : la relation n'est pas modifiée, c'est la même que dans « Clément donne le livre à Arnaud ».
(Note : la traduction en lojban des phrases précédentes est donnée à la fin.)

En lojban, chaque selbri a un nombre et des types spécifiques d'arguments : c'est la structure des places du selbri, qu'on appelle aussi signature du selbri.
Comme en français, où la structure d'utilisation de «donner» est :
en lojban, la signature du selbri «dunda» (prononcer «dounda», voir section suivante) est :
qui signifie :
où x1, x2 et x3 sont les sumti. («cu» - prononcer «chou» - est optionnel dans beaucoup de cas, et il est alors indiqué entre crochets. C'est un cmavo (prononcer «chmavo»), c'est-à-dire un petit mot grammatical.)

La sorte de selbri la plus simple est constituée d'un seul mot-racine, appelé «gismu», et la définition dans le dictionnaire donne explicitement sa signature (sa structure de places).
Les termes lojban «bridi», «sumti», «selbri», «cmavo» ... continueront à être utilisés par la suite, par convention comme des mots invariables, au masculin. Il est en effet préférable de les comprendre et de les utiliser indépendamment de la grammaire française.

La prononciation ^

(Voir aussi : Prononciation du lojban.)

En résumé, le lojban se prononce comme le français, sauf :

Quelques mots qui peuvent servir de sumti ^

Voici à titre d'exemple quelques mots qui peuvent servir de sumti (note : il se trouve que tous les mots de la liste ci-dessous sont des cmavo) :

mi je/moi, nous
do tu, vous
ti ceci, ceux-ci
ta cela, ceux-là
tu cela, ceux-là au loin
zo'e une valeur non spécifiée

«ti», «ta» et «tu» désignent quelque chose (ou quelqu'un) de plus ou moins proche dans l'espace, pointé par celui qui parle.
«zo'e» est utilisé quand un sumti est sans importance ou est évident.

Les sumti du lojban n'ont pas de genre (masculin/féminin) ni de nombre (singulier/pluriel). La distinction peut être ajoutée, de manière optionnelle. (On ne détaille pas ici comment.)

Un nom propre («nom propre» se dit «cmene» en lojban), comme un prénom par exemple, peut être utilisé comme sumti si on le fait précéder de «la» :

la .aLIS. celle/celles qui s'appelle(nt) Alice
la .axn. celui/ceux qui s'appelle(nt) Arnaud
la klem. celui/ceux qui s'appelle(nt) Clément

(Note : l'orthographe des cmene comporte des contraintes, non détaillées ici.)

Ainsi, sans attendre, un exemple avec «donner» peut se traduire par :

Quelques mots pour indiquer les relations selbri ^

Voici quelques mots utilisés comme selbri dans les exemples qui suivront :

vecnu x1 (vendeur) vend x2 (bien/marchandise) à x3 (acheteur) pour x4 (prix)
tavla x1 (parleur) parle à x2 (audience) à propos de x3 (sujet) dans la langue x4
sutra x1 (acteur/agent) est rapide pour faire x2 (action)
blari'o x1 (objet/source lumineuse) est bleu-vert
blabi x1 est blanc/de couleur très claire
melbi x1 (objet/idée) est beau/magnifique pour x2 (observateur) suivant la norme x3
cutci x1 est une chaussure pour x2 (pied) faite en x3 (matériau)
bajra x1 court sur x2 (surface) en utilisant x3 (jambes/membres) de la manière x4 (façon de marcher)
klama x1 (voyageur) va/vient vers x2 (destination) depuis x3 (point d'origine) via x4 (route) en utilisant x5 (moyen de transport)
pluka x1 plaît à x2 sous les conditions x3
gerku x1 est un chien de la race x2
kurji x1 prend soin de x2
kanro x1 est en bonne santé d'après la norme x2
stali x1 reste avec x2
zarci x1 est un marché/magasin vendant x2 (produits) tenu par x3 (commerçant)

Chaque selbri (relation) possède une règle spécifique qui définit le rôle de chaque sumti dans le bridi, en se basant sur la position.
Cette table montre quelques exemples, et de fait, la liste peut toujours être allongée, puisque le lojban permet la création de nouveaux mots (suivant des règles spécifiques) à chaque fois qu'un locuteur ou un écrivain ne trouve pas le mot adéquat. Cette notion est une différence fondamentale entre le lojban (également l'allemand ou le chinois) et le français (ou l'anglais) : les lojbanistes sont encouragés à inventer de nouveaux mots.

Quelques bridi lojban simples ^

Examinons un de ces bridi, «tavla» par exemple. Il a pour signature :
où les «xi» représentent les différents arguments de la relation «tavla», et dont la position est significative ; comme dans l'exemple suivant en français, où il se trouve que l'ordre naturel est le même :
À propos de cet exemple, justement :
En lojban, donc :
Dans le bridi, c'est l'ordre des sumti autour du selbri qui compte. Toujours à partir du même exemple, on pourrait paraphraser la signature de «tavla» par :
Et la phrase en lojban a pour structure :
Le mot «cu» sert à séparer le ou les sumti qui précèdent le selbri, il peut souvent être omis (c'est pourquoi on l'a écrit entre crochets ici), comme dans les exemples suivants :
Quand il y a un ou plusieurs «zo'e» à la fin d'un bridi, il peuvent être omis. On dit qu'ils sont élidés. On peut donc remplacer les deux premiers exemples ci-dessus par :
Note : il ne faut pas supposer que «mi» et «do» sont au singulier ; « mi tavla do » peut très bien vouloir dire « Nous vous parlons. », « Je vous parle. », etc. Et bien sûr, pas de conjugaison non plus (il n'y a plus de verbe :-)

Variantes dans la structure d'un bridi ^

Dans la phrase (le bridi) :
il y a un seul sumti avant le selbri.
Il est aussi possible de mettre plusieurs sumti avant le bridi, tant qu'on ne change pas l'ordre des sumti, comme dans les deux variantes suivantes, qui signifient la même chose :
et que l'on pourrait laisser à Monsieur Jourdain le soin de traduire littéralement... On peut se servir de cette possibilité pour mettre l'accent sur le ou les sumti qui ne sont pas à leur place «habituelle».

La forme générale d'un bridi est donc :
Rappel : le singulier/pluriel n'est pas indiqué dans ces exemples. Le lojban permet de rester volontairement vague sur cette caractéristique d'un sumti.

S'il n'y a pas de sumti avant le selbri, c'est implicitement «zo'e». Comme ici, si :
devient
C'est une bonne manière d'être emphatique que de mettre le selbri en premier dans le bridi. (Note : le point d'exclamation n'existe pas en tant que tel en lojban.) Cette sorte de bridi est souvent appelé une «observation», parce qu'elle est souvent utilisée lorsqu'on veut rapidement communiquer une observation ou noter une relation. Un peu comme en français lorsqu'on dit «Fumée !» pour crier de se protéger les yeux, ou «Voiture !» pour prévenir un piéton. Ou alors, comme un matin où il a neigé dans la nuit, on dirait en regardant par la fenêtre :
Le mot «cu» n'apparaît pas dans une observation ; «cu» est un séparateur et il doit exister au moins un sumti à séparer du selbri pour que «cu» soit utile. Sinon, il est interdit. (Rappel : «cu» est un de ces petits mots grammaticaux que l'on appelle «cmavo» en lojban.)

Changer l'ordre des sumti ^

Pour une raison ou une autre, on peut vouloir modifier l'ordre des sumti dans un bridi, par exemple pour placer un sumti particulier devant le selbri.
Le cmavo «se», lorsqu'il est placé avant le dernier mot du selbri (on n'a pas encore vu de cas où le selbri est composé de plusieurs mots, mais c'est possible), échange les places 1 et 2. De même, «te» échange les places 1 et 3, «ve» les places 1 et 4, «xe» les places 1 et 5 (les autres sumti restent inchangés dans chaque cas). On dit que ces cmavo sont des convertisseurs : ils «convertissent» le selbri.

Par exemple, tous ces bridi ont la même signification :
(si on veut vraiment trouver à chaque fois un équivalent français qui respecte l'ordre des sumti).

On peut combiner plusieurs de ces «opérateurs», et dans ce cas ils s'évaluent de la gauche vers la droite. Comme le résultat peut être assez compliqué à décoder, dans la pratique on se contente d'un seul convertisseur. Et il y a des moyens plus simples d'obtenir un effet similaire.
(Note : on pourrait audacieusement comparer certaines conversions à la voie passive en français.)

La structure de base des longs discours ^

En général, quand quelqu'un parle, il ne se contente pas d'une seule phrase (et si c'est le cas, elle sera en général plus compliquée que celles que l'on entrevoit ici). Le lojban a une manière particulière de structurer un discours. Les phrases (chacune étant en général un bridi, mais pas obligatoirement) sont séparées par les cmavo «ni'o» et «.i». Ceux-ci correspondent aux pauses brèves lors de la lecture d'un texte, et aux ponctuations d'un texte écrit, telles que le point, le point d'exclamation ou le point d'interrogation. Ces séparateurs évitent que les sumti de la fin d'un bridi ne soient pris pour les sumti du début du bridi suivant.

Le cmavo «ni'o» sépare les paragraphes (chacun couvrant un thème de discussion). Dans un long texte ou discours, la structure peut être indiquée par plusieurs «ni'o» se succédant, comme «ni'oni'oni'o» pour indiquer un nouveau chapitre et «ni'oni'o» pour introduire une nouvelle section dans ce chapitre, le «ni'o» simple servant à séparer les paragraphes simples.

Le cmavo «.i» sert à séparer les phrases. Une traduction possible de «.i» serait le «et» des longs discours où l'on enchaîne les descriptions ou les événements comme dans « J'ai fait ceci, et puis cela, et puis encore ça. ».

Les tanru ^

(Voir aussi : Les tanru du lojban.)

Lorsque deux gismu (mots-racines) sont consécutifs, le premier modifie le second et le selbri qu'ils constituent a au final la signature du gismu le plus à droite (le second). De telles combinaisons de gismu s'appellent des tanru. Par exemple :
a la signature de «tavla», soit :
Lorsque trois gismu ou plus se suivent, le premier modifie le deuxième, et cette combinaison modifie le troisième, laquelle nouvelle combinaison modifie le quatrième, et ainsi de suite. Par exemple :
a la signature de «cutci» :
c'est-à-dire une chaussure qui est portée par quelqu'un qui parle rapidement, et non pas une chaussure qui est rapide et qui est aussi portée par quelqu'un qui parle. Mais cela pourrait être une chaussure qui parle rapidement ; c'est une interprétation plus créative, comme :
qui fait probablement référence à une chaussure pour les coureurs, mais dans un contexte plus imaginaire pourrait être une chaussure qui court (toute seule).

Dans tous les cas, le sens choisi est littéral. Si le résultat du tanru évoque une métaphore connue dans une langue existante, attention de ne pas sauter aux conclusions en étant malfraso ou malglico.

On voit en tout cas qu'un tanru est un peu comme un adjectif, un adverbe ou un complément du nom, tout en étant plus compliqué.
Utiliser un tanru sous sa forme la plus simple, une suite de brivla, c'est prendre le risque d'être peu clair, sachant que le lojban fournit des moyens de lever toute ambiguïté.

Répétons-le, la structure des places d'un tanru est celle de son dernier gismu. Par conséquent, l'exemple suivant a la structure de «klama» :
Avec la conversion «se klama» comme dernière partie du tanru, la structure des places du selbri entier devient celle de «se klama» : x1 devient la destination et x2 celui qui va :
L'exemple suivant montre qu'une conversion peut faire plus qu'échanger des places dans la structure du selbri :
a la signature de «tavla», avec cependant deux interprétations possibles.
Après une conversion, les rôles prennent une importance différente :
et on a obtenu de nouvelles interprétations possibles.

Il n'y a pas de changement dans la signature si la conversion s'applique au terme qui modifie, et donc les variations possibles de signification sont moins grandes.
On constate que la manière dont Thomas est beau pour Alice change, mais que c'est toujours Thomas qui est perçu comme beau et Alice qui observe cette beauté.

Les sumti descriptifs ^

On a souvent envie de parler d'autre chose que de soi qui parle, de l'auditeur et des choses que l'on peut montrer du doigt, plus ou moins éloignées...

Disons que l'on veut parler de quelqu'un qui parle, mais qui n'est pas «moi». Ce (celui) dont je veux parler prendrait naturellement la place x1 de «tavla». Le lojban, de fait, a un opérateur, «le ... ku», qui sait extraire cette première place du selbri et la transformer en un sumti, appelé «sumti descriptif». Le sumti descriptif «le tavla ku» signifie «l'orateur»/«celui qui parle», et peut être utilisé partout où un sumti est attendu. Par exemple :
où le «parleur» est probablement quelqu'un d'autre que moi, mais pas obligatoirement.

De même, « le sutra tavla ku » est le « parleur rapide », et « le sutra te tavla ku » signifie « le sujet rapide du discours » ou « le sujet du discours rapide ». Le choix du sens le plus approprié dépendra du contexte dans lequel cette expression est utilisée. L'interprétation la plus plausible dans ce contexte sera en général celle retenue par l'auditeur comme étant l'intention de l'orateur.

Dans beaucoup de cas, le mot «ku» peut être omis, en particulier il n'est jamais nécessaire à la fin d'une phrase. On peut donc simplifier l'exemple précédent :
Il y a un problème si on veut dire « Celui qui est rapide parle. ». Une traduction évidente serait « le sutra tavla » (on a mis «le sutra» comme premier sumti de «tavla»). Malheureusement, cela donne un tanru (que l'on a déjà croisé), qui signifie « l'orateur rapide » (« celui qui parle vite »). Pour résoudre ce problème, on utilise le séparateur «cu», qui était resté optionnel jusqu'à présent, juste avant le selbri. Le mot «cu» n'a pas d'autre signification que de marquer le début du selbri dans le bridi. Il vient avant toute partie du selbri, y compris les éventuels cmavo «se», «te», etc. Ainsi :
Considérons l'exemple suivant, un peu plus complexe :
Le sumti «le vecnu» contient le selbri «vecnu», qui a le «vendeur» à la place x1, et l'utilise dans cette phrase pour décrire le vendeur particulier que le locuteur a en tête (et qu'il espère, suppose ou sait être également connu de son auditeur). De même, le locuteur a une chose bleue-verte particulière à l'esprit, qui est décrite avec «le» pour marquer «blari'o», un selbri dont le premier sumti est quelque chose qui est bleu-vert.

Dans cet exemple, on peut omettre sans risque le «cu» et les «ku» :

Exemples de brivla ^

Dans sa forme la plus simple, un selbri est constitué d'un seul mot. Un mot qui peut exprimer une relation selbri à lui seul est appelé un brivla. Il y a trois types de brivla :
Tous les trois ont la même fonction grammaticale.
Jusqu'à présent, la plupart de nos selbri ont été des gismu ou bien des tanru composés de gismu.
Exemples de brivla :

Les sumti «di'u» et «la'e di'u» ^

En français, on peut dire « Ce chien est beau. », et s'entendre répondre : « Ça me plaît. ». Comment savoir à quoi «Ça» fait référence ? Le lojban utilise différentes expressions pour véhiculer les différentes significations possibles en français.
et les différentes réponses :
Ce dernier exemple utilise un sumti qui fait référence à un autre, par inférence. Il est courant d'écrire «la'edi'u» en un seul mot, d'ailleurs plus souvent utilisé que «di'u» lui-même.

La possession ^

Par «possession», on entend spécification de la manière dont un objet appartient à un quelqu'un. Les différentes manières d'exprimer l'appartenance demandent des explications plus longues que dans le cas simple que l'on va voir ici.
Un moyen simple d'exprimer la possession est de placer un sumti représentant le possesseur dans le sumti descriptif qui fait référence à cet objet ; plus précisément entre le «le» et le selbri de la description :
En lojban, en fait, «possession» ne signifie pas obligatoirement «appartenance». En lojban, on peut «posséder» une chaise par le simple fait d'être assis dessus, alors qu'elle peut «appartenir» à quelqu'un d'autre. Il y a même des cas ou l'appartenance est plus forte : «mon bras» ne signifie pas « un bras que je possède » mais « le bras qui est attaché à mon corps ». Le lojban a différentes méthodes précises et faciles pour spécifier ces différents types de «possession».

Vocatif ^

Vous pouvez attirer l'attention de quelqu'un en vous adressant à lui avec «doi» suivi de son nom. Comme dans :
qui signifie « Eh, Alice (je te parle !) ». Cela a aussi pour effet d'affecter une valeur à «do» : «do» fait maintenant référence à Alice, jusqu'à ce que cela soit modifié dans la conversation. À noter que cette phrase n'est pas un bridi, mais que c'est malgré tout une phrase lojban, tout à fait légitime : c'est une phase «vocative».

D'autres cmavo peuvent être utilisés à la place de «doi» dans des phrases vocatives qui prennent alors une signification particulière :
Ces deux cmavo peuvent être le seul mot de la phrase, se suivre, ou encore chacun peut être suivi d'une pause «.» et d'un nom propre. (Dans les phrases vocatives avec «doi», il n'y a pas besoin d'une telle pause.)

Impératif ^

Les ordres sont exprimés en lojban par une simple variation de la structure du bridi principal. Si on dit :
ce n'est qu'expliquer un fait. Pour donner un ordre en lojban, il suffit de substituer «ko» à «do». Dans ce bridi :
on demande à l'auditeur de faire tout ce qui est nécessaire pour rendre «do tavla» vrai. Un autre exemple :
Le «ko» ne doit pas obligatoirement être à la place x1, mais peut apparaître partout où un sumti est attendu. Ce qui peut donner des ordres qui ne ressemblent pas du tout à l'équivalent français :
Le cmavo «ko» peut remplir n'importe quelle place de sumti, et peut être utilisé aussi souvent que nécessaire pour le selbri, par exemple :
qui se dit plus couramment :

Interrogatif ^

Il y a beaucoup de genres de questions en lojban. Ici, nous allons en aborder trois :
Le cmavo «ma» est utilisé pour fabriquer une question sur sumti. Ce genre de question indique que l'on souhaite connaître le sumti qui devrait remplacer ma et qui rendrait ainsi le bridi vrai. On pourrait traduire dans la plupart des cas «ma» par «Qui ?», «Quoi ?» ou «Qu'est-ce qui ?», mais il peut également servir de «Quand ?», «Où ?» et «Pourquoi ?» quand il est utilisé à une place où le sumti exprime un temps, un lieu ou une cause. Par exemple :
Ce à quoi on peut répondre par un simple sumti :
Comme «ko», «ma» peut apparaître n'importe où un sumti est autorisé, pas seulement en première position :
Un «ma» peut également apparaître à de multiples positions de sumti dans une même phrase, avec pour effet de poser plusieurs questions en une seule fois :
Les deux «ma» séparés posent deux questions séparées, et il peut donc leur être répondu avec des valeurs différentes pour chaque place de sumti.

Le cmavo «mo» est l'analogue de «ma», mais pour un selbri. Il demande à celui qui va répondre de fournir un selbri qui rendrait la relation vraie si ce selbri était inséré à la place de «mo» :
Il faudra se rappeler que «mo» peut être utilisé partout où un brivla ou un autre selbri peut se trouver. Mais en tant que tel, «mo» pose une question qui n'est pas du tout spécifique. La réponse à la question précédente pourrait être l'une de celles-ci :
Il est clair que «mo» exige une certaine forme de coopération entre les interlocuteurs, pour que la réponse soit celle de la bonne question. Si le contexte n'explicite pas assez la question, celui qui la pose doit utiliser une construction plus complexe à base de tanru.

Il est tout à fait permis à celui qui répond de remplir les places non spécifiées du selbri correspondant au «mo» de la question. Ainsi, dans l'exemple précédent, on aurait pu répondre en précisant une audience, un sujet et/ou une langue.

Pour terminer, intéressons-nous aux questions auxquelles on doit répondre par «oui» ou par «non», comme :
qui pourrait être reformulée ainsi :
Le lojban a un mot qui pose la question exactement de cette dernière manière. Le cmavo «xu», lorsqu'il est placé en tête d'un bridi, demande si l'énoncé de ce bridi est vrai. Comme :
La réponse «oui» peut être donnée simplement en énonçant le bridi de nouveau, sans le «xu» qui pose la question. Le lojban fournit un raccourci pour faire cela, avec le mot «go'i». À la place d'une réponse négative, le bridi peut être reformulé de manière à devenir vrai. Si cela est possible en substituant des sumti, alors «go'i» est utilisable également. Par exemple, à :
on peut donner l'une ou l'autre réponse :
Une réponse négative générale pourrait-être donnée par «na go'i». «na» peut être placé avant tout selbri (mais après le «cu»). C'est l'équivalent d'une réponse avec « Ce n'est pas vrai que... » avant le bridi. Cela n'implique pas qu'autre chose soit vrai ou faux, seulement que ce bridi spécifique n'est pas vrai. (Note : on ne donnera pas ici plus de détails sur les énoncés négatifs.)

Indicateurs ^

(Voir aussi : Indicateurs émotionnels en lojban.)

Les cultures expriment des émotions et ou indiquent des attitudes avec toute une gamme d'intonations ou de gestes qui ne sont habituellement pas représentés dans le langage écrit. Quelques-unes peuvent être disponibles dans certaines langues par des interjections, mais celles-ci varient beaucoup d'une culture à une autre («Aïe !» qui deviens «Ouch!» en anglais pas exemple).

Le lojban a un groupe de cmavo appelés indicateurs émotionnels ou indicateurs d'attitude, qui permettent de traduire assez directement des émotions, sous forme parlée comme écrite, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des intonations ou gestes spéciaux. Grammaticalement parlant, ils sont très simples : un ou plusieurs indicateurs au début d'un bridi s'appliquent à tout le bridi ; partout ailleurs dans le bridi, ils s'appliquent au mot immédiatement à gauche (avant). Par exemple :
Tous les indicateurs n'indiquent pas une attitude. Les cmavo dits «discursifs», qui ont les mêmes règles grammaticales que les indicateurs, permettent d'exprimer facilement certains commentaires sur le discours principal. Utiliser des discursifs permet d'établir une séparation claire entre ce qu'on appelle caractéristiques «méta-linguistiques» et les énoncés et structures logiques sous-jacents. Par comparaison, les mots français tels que «mais» et «aussi», qui appuient le discours pour indiquer un contraste ou ajouter du poids à un exemple, sont logiquement équivalents à «et», qui lui n'a pas ce contenu discursif. C'est paradoxal et on ne s'en rend souvent pas compte, mais «mais», à la base, signifie «et».
Un autre groupe d'indicateurs indique la relation de celui qui parle avec son énoncé, en particulier la manière dont il est arrivé à le prononcer. Dans ce groupe, on trouve :
Beaucoup de langues amérindiennes utilisent ce genre de mots.

Les temps ^

Dans les phrases en français, les verbes sont conjugués : on leur donne une étiquette qui indique le temps : passé, présent, futur... La phrase :
raconte quelque chose qui est arrivé dans le passé, obligatoirement. Tandis que :
est en train de se produire, maintenant.
La phrase lojban suivante :
sert de traduction aux deux exemples précédents, et à beaucoup d'autres : il n'est marqué par aucun temps, et peut donc faire référence à un événement qui s'est produit dans le passé, le présent ou le futur. Cette indépendance par rapport au temps n'est pas possible en français. Et cette règle du lojban ne signifie pas que celui-ci ne peut donner aucune indication de temps. Une traduction plus fidèle pour le premier exemple serait :
où l'étiquette «pu» force la phrase à se référer à un instant dans le passé. De même,
fait obligatoirement référence au présent, à cause de l'étiquette «ca». Ces étiquettes apparaissent toujours au tout début du selbri, juste après le «cu», et peuvent ainsi rendre le «cu» inutile, puisqu'elles ne peuvent faire partie d'un tanru. Ces étiquettes expriment donc le temps, et sont complètement optionnelles en lojban. Si aucune indication de temps n'est donnée dans la phrase, elle est déduite du contexte.

Le lojban étend la notion de «temps» pour faire référence non seulement au temps mais aussi à l'espace. L'exemple suivant utilise l'étiquette «vu» pour spécifier que l'événement qu'il décrit s'est produit à une grande distance du narrateur :
En plus, ces étiquettes spatio-temporelles peuvent être préfixées au selbri d'un énoncé, produisant un sumti daté :
(Comme le temps est optionnel en lojban, on ne peut pas savoir quand il parle.)
Si on utilise une étiquette spatiale comme on a fabriqué un sumti daté, on obtiendra à peu près l'équivalent de «ce ...-ci» ou «ce ...-là» en français. Comme dans l'exemple suivant, où l'étiquette «vi» signifie «tout proche» :
Ne pas confondre l'utilisation de «vi» avec le cmavo «ti», qui signifie aussi «ce ...-ci», mais dans le sens «cette chose-ci».

Par ailleurs, une étiquette spatio-temporelle peut apparaître en même temps sur un selbri et à l'intérieur d'une description, comme dans l'exemple suivant (où «ba» est l'étiquette pour le futur) :

Termes utilisés pour la grammaire du lojban ^

Voici quelques termes utilisés pour décrire les éléments de la grammaire du lojban, la plupart ont été introduits dans ce chapitre :

Pour finir, reprise des premiers bridi ^

Au début de ce chapitre, nous avions abordé le concept de bridi avec les exemples :
  1. Clément est le frère d'Arnaud.
  2. Clément regarde Arnaud.
  3. Clément est plus petit qu'Arnaud.
  4. Clément donne le livre à Arnaud.
  5. Arnaud parle à Clément d'un jeu, en français.
En voici la traduction en lojban (avec quelques constructions qui n'ont pas encore été abordées), vous pourrez essayer d'y retrouver les gismu et autres brivla (avec leur structure de places) utilisés comme sumti et selbri :
  1. .i la klem. bruna la .axn.
  2. .i la klem. catlu la .axn.
  3. .i la klem. citmau la .axn.
    ("citmau" - "plus jeune que" - est un lujvo)
  4. .i la klem. dunda le cukta la .axn.
  5. .i la .axn. tavla la klem. lo zdile le fraso
    ("lo" à la place de "le" pour traduire "d'un")
    .i la .axn. tavla la klem. lo zdile la fasyban.
    ("fasyban." est un cmene)
    .i la .axn. tavla la klem. lo se kelci le fasybau
    (une nuance dans la manière de désigner un jeu)
Note : re-re-vérifiez que vous employez la bonne prononciation.

Sommaire local
Sommaire général


 


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