Les amis inconnus

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(Jules Supervielle)

«

L'ALLÉE

- Ne touchez pas l'épaule
Du cavalier qui passe,
Il se retournerait
Et ce serait la nuit,
Une nuit sans étoiles,
Sans courbe ni nuages.
- Alors que deviendrait
Tout ce qui fait le ciel,
La lune et son passage,
Et le bruit du soleil ?
- Il vous faudrait attendre
Qu'un second cavalier
Aussi puissant que l'autre
Consentît à passer.
»


«

L'ANTILOPE

L'antilope a la tête si fine
Dans le jour lumineux qui s'attarde
Qu'elle emporte du ciel à ses cornes
Et de loin les fauves la regardent.
Le lion, le premier, s'en effraie,
Il s'efface aux toisons des forêts,
L'antilope est trop bien protégée
Par ce peu de merveille à sa tête,
Elle avance et plus d'un veut la voir,
Les oiseaux de nuit, honteux le jour,
Fuient soudain vers leurs grosses ténèbres,
Le serpent qui mordait les enfants
Se morfond de n'être qu'un serpent,
L'antilope avance vers le tigre,
Le rassure et lui rend l'équilibre
Puis, fuyant de faciles victoires,
Choisit l'air pour y porter ses pas.
»

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