Les aventures du Capitaine Corcoran

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(Alfred Assolant)

«

Pendant ces réflexions, il s'aperçut tout à coup que son cheval faiblissait, que le galop se ralentissait et, malgré les coups d'éperon, se changeait en simple trot. Il se retourna et vit que sa botte était couverte de sang. Son cheval avait reçu une balle dans le flanc.

Ce nouveau malheur n'abattit pas le courage du Breton.
Il se hâta de mettre pied à terre.

« Que faites-vous ? demanda Sita. Est-ce le moment de faire halte ? Les Anglais sont sur nos traces.

- Ce n'est rien, dit Corcoran, mon cheval est blessé par la décharge que ces lâches coquins ont faite sur nous il y a un instant... Sita, si vous voulez fuir, partez seule, Louison vous accompagnera et vous défendra...

- Oui, dit Sita, mais qui me défendra de Louison ? ... »
Corcoran parut frappé de cette réflexion.
« C'est vrai ! dit-il, Louison n'a pas dîné, il est déjà tard. Je ne crains rien pour vous sans doute, mais je ne répondrais pas de votre cheval, ou peut-être Louison irait-elle chercher sa proie dans le voisinage.

- Capitaine, dit Sita en descendant de cheval, je reste avec vous ; quel que soit le sort qui vous attend, nous le partagerons ensemble...

- Ah ! dit Corcoran avec joie, voilà qui tranche toutes les difficultés ! Qu'ils viennent, maintenant, tous les Anglais, et John Robarts, et Barclay, et les colonels, et les capitaines, et les majors, et tous les habits rouges de la création ! ».

En même temps, il chercha dans les fontes des selles des deux chevaux, et trouva deux revolvers tout chargés ; celui qu'il avait à la ceinture était le troisième, et Corcoran avait des cartouches dans ses poches.

« Nous avons des armes et des munitions, dit-il, pour trente ou quarante coups de feu, et comme je compte bien ne tirer que de près et à coup sûr, je crois que tout ira bien... Venez avec moi, Sita ; et toi, Louison, va devant comme un éclaireur, et regarde s'il n'y a pas quelque ennemi caché dans la jungle. »

Le plan de Corcoran était très simple. De la route où il était, il apercevait à quelque distance une petite pagode abandonnée, à laquelle paraissait aboutir un sentier assez large tracé dans la jungle. C'est là qu'il voulait chercher un asile. Entrer dans la pagode, en refermer la porte sur eux, barricader l'entrée avec des poutres qui se trouvaient par hasard dans le voisinage, et percer des meurtrières à travers la porte, ce fut pour les fugitifs l'affaire d'un instant.

Louison regardait ces préparatifs avec étonnement. Elle était même un peu mécontente. Cela se comprend ; elle adorait le grand air, les prairies, les vastes forêts, les hautes montagnes ; elle n'aimait pas à être enfermée, et surtout elle ne comprenait pas qu'on prît tant de peine pour s'enfermer soi-même. Aussi Corcoran prit soin de lui expliquer les raisons de sa conduite.

« Louison, ma chérie, lui dit-il, il n'est pas temps de vous livrer à vos caprices et de courir les champs, suivant votre détestable habitude... si vous aviez rempli votre devoir ce matin, nous ne serions pas, vous et moi, à l'heure qu'il est, enfermés sans souper dans une méchante pagode où il n'y a pas le moindre gibier... vous avez fait le mal, ma chérie... il faut le réparer d'une façon éclatante. Donc, attention ! ... tenez-vous derrière cette fenêtre ouverte, et si quelque gentleman essaye de l'escalader, je vous le livre, ma chérie... »

Ayant donné ces ordres, que Louison promit d'exécuter ponctuellement, du moins on pouvait le deviner à la vivacité de son regard, et à la manière affectueuse dont elle remuait la queue et entrouvrait ses lèvres, Corcoran se retourna vers Sita pour l'encourager.

« Oh ! ne prenez pas la peine de me rassurer, capitaine, dit-elle en lui tendant la main. Ce n'est pas pour ma vie que je crains... c'est pour vous, qui allez donner la vôtre avec tant de générosité, et pour mon père, qui ne survivrait pas, je le sais, au désespoir de me voir entre les mains des Anglais. Mais, ajouta-t-elle, les yeux brillants de fierté, soyez sûr que la fille d'Holkar ne sera pas reprise vivante par ces barbares aux cheveux roux. Ou je serai libre avec vous, ou je mourrai. »

Et elle tira de sa ceinture un petit flacon qui contenait un de ces poisons subtils dont l'Inde est remplie.
« Voilà, dit-elle, ce qui me sauvera de la servitude et du déshonneur d'épouser ce traître Rao. »

Comme elle finissait de parler, Corcoran entendit un bruit léger comme le sifflement du Cobra capello, ce terrible serpent de l'Inde. Il se leva brusquement, mais Sita lui fit signe de se rasseoir.
À ce sifflement succéda le cri du colibri, puis un bruit de feuilles froissées.

« Qu'est cela? dit Corcoran.

- Ne craignez rien. C'est un ami, répliqua Sita, je reconnais ce signal. »

En effet, après un court instant, une voix d'homme chanta doucement ces vers du Ramayanâ, par lesquels le roi Djanaka présente la belle Sita la Vidéhaine, sa fille, à Rama, son fiancé.

»

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