Article RFI Slovénie

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L'élargissement de l'Union Européenne, la Slovénie
La langue pour seul héritage

De notre envoyée spéciale à Ljubljana

La survie de la langue slovène relève díun petit et díun grand miracle. Petit, si líon considère la taille díun pays peuplé díà peine deux millions díhabitants. Grand au regard díune histoire mouvementée.

La Slovénie a arraché son indépendance à líex Yougoslavie il y a douze ans. EnfinÖ soupirent les Slovènes qui ont connu pendant près de sept siècles la férule de líempire austro-hongrois, une courte incursion italienne entre les deux guerres, le royaume yougoslave et pour finir la fédération titiste.

Bref un pays qui nía jamais existé dans ses frontières avant 1991, et dont la langue était logiquement vouée à disparaître. Il síen est díailleurs fallu de peu. Alors que le slovène níétait plus quíune langue pratiquée par les paysans et par le clergé, un poète France Preseren, depuis devenu héros national, lui donne au XIXe ses lettres de noblesse. Ce níest pas un hasard síil est aussi líauteur de líhymne national. La langue slovène fera dès lors office de sentiment national . Et la statue de Preseren trône toujours sur la place centrale de Ljubljana.

"Ici tout le monde se sent un peu poète, ironise líéditeur Luka Novak, ça vient sans doute de notre âme slave, mais aussi de notre attachement profond à la langue". Deux millions de clients potentiels cíest peu , et pourtant on trouve dans les bonnes librairies de Ljubljana, les traductions du dernier roman de Michel Houellebecq ou díAmélie Nothomb et il níest pas rare quíun ouvrage de poésie soit édité à plus de mille exemplaires.

Tant de consonnes et si peu de voyelles

Une vraie curiosité linguistique ce slovène. Pour un francophone sans aucun doute. Avec cette déferlante de consonnes sans voyelles, la simple prononciation díun nom propre ressemble à un casse-tête. A commencer par celui de líactuel président Janez Drnovsek. Ou au hasard dans le dictionnaire: zmrzal (le givre) ou zadrgnjen (obtus)!

Et puis il y aussi le fameux duel, cette forme grammaticale archaïque et rarissime, qui permet par exemple de conjuguer les verbes au "singulier pluriel". Le "nous deux". "Cíest la forme de líintime par excellence, celle que jíutilise avec la femme que jíaime", ajoute le grand écrivain de langue slovène Boris Pahor.

Résidant à Trieste, Boris Pahor partage avec tous les minorités slovènes díItalie et díAutriche, ce sentiment exacerbé du fragile. "Sous Mussolini on nous avait confisqué tous les livres, et si on parlait slovène dans la rue on pouvait se faire gifler» se rappelle avec douleur Boris Pahor. "On ne parlait slovène quíà la maison, et parce quíelle était interdite cíest donc aussi une langue qui nous est díautant plus chère".

Arrivée à maturité malgré ses quelque 45 dialectes, la langue slovène ne semble plus craindre quíune chose. A la faveur de la globalisation de líéconomie, líinvasion de petits virus nommés "anglicismes".
Frédérique Lebel
24/01/2003

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